
(Préambule : Monsieur François Beaudonnet ; dans l’entretien ci-dessous ; s’exprime « à titre personnel » et pas « au nom de France Télévisions ».)
journalis.me : Vous qui voyagez souvent, d’un point de vue général, trouvez-vous que vos confrères des autres médias internationaux ont plus ou moins de moyens pour travailler sur le terrain qu’il y a 10-15 ans..?
Francois Beaudonnet : Il y a une sorte d’appauvrissement généralisé des médias. Les médias français ont moins de moyens qu’il y a 10-15 ans. Aujourd’hui, en télévision, on peut faire de l’information avec un smartphone et Skype ou d’autres plateformes sont beaucoup utilisées pour les interviews donc cela nécessite de moins se déplacer.
journalis.me : Avez-vous remarqué des changements majeurs dans leur mode de travail..?
Francois Beaudonnet : On ne travaille plus de la même façon. Avant, les équipes étaient plus nombreuses, une équipe c’était 3 personnes, maintenant c’est souvent 2, voire même une seule personne. On doit faire plus de choses soi-même au niveau technique et on a donc moins de temps pour traiter les informations. Je parle là uniquement pour les médias « tv ».
journalis.me : Est-ce que pour vous le “média RT” à profondément bouleversé le milieu de la Presse internationale..?
Francois Beaudonnet : Non je ne pense pas. Ils ont certes des moyens mais diffusent une information « dirigée ».
journalis.me : Quelle est la meilleure solution, la plus simple et la plus efficace, afin de lutter contre la désinformation..?
Francois Beaudonnet : Il faut creuser, il faut du reportage sur le terrain, montrer ce qu’il se passe réellement, avec des chiffres. La désinformation n’est jamais de l’information, c’est une espèce « d’opinion » comme on a pu le voir avec le Covid et autres. C’est plus de travail car il faut mettre la réalité en avant en disant « voilà, c’est ça qui se passe.. ». C’est très dur et ça n’a pas toujours d’efficacité parce qu’il y en aura toujours qui ne croiront pas, mais c’est ce qu’il faut faire.
journalis.me : Avez-vous ressenti un changement lors des derniers affrontements en marge de la dernière manifestation en date à Bruxelles contre les restrictions sanitaires (plus de radicalité..? Plus de manifestants français présents..?)..?
Francois Beaudonnet : J’ai vu la manifestation mais je ne sais pas s’il y avait plus de français qu’avant. J’ai l’impression que les manifestations en France ont plutôt tendance à diminuer au contraire ces dernières semaines. Globalement, il y a plus de radicalité et de violence ça c’est sûr et c’est tout à fait regrettable.
journalis.me : Comment gérez-vous , si cela arrive, les critiques envers la Presse de la part des différents citoyens européens, cela peut-il être violent (verbalement..) parfois..? Quelle est votre analyse concernant la défiance envers les médias de la part de certains français..?
Francois Beaudonnet : Concernant ce sujet justement je fais un Podcast sur « Au comptoir de l’Info » Au comptoir de l’Info lors duquel on reçoit un Journaliste et avec qui on essaye de décortiquer cette méfiance afin de montrer que l’on a rien à cacher, que cette méfiance est dans la plupart des cas infondée. C’est un long phénomène qui a commencé il y a bien longtemps et qui s’est ensuite accentué. Après, il y a le sentiment que les Journalistes font partie d’une forme « d’élite » à laquelle appartiennent aussi les politiques, les chefs d’entreprises. Il y a une envie de « tout jeter », de remplacer tout le monde. Pour lutter contre ça il faut vraiment montrer que l’on fait le plus honnêtement possible notre travail, ce qui est le cas dans 99,99 % des situations. Montrer comment une information est trouvée, comment elle est mise en forme, comment elle est apportée aux téléspectateurs ou aux auditeurs. Il faut réaliser un travail de grande transparence et je crois que c’est ce que l’on fait à « France Télévisions », on explique les choses et du coup les mythes s’effondrent. Après, vous avez aussi le cas de personnes comme certains « Gilets Jaunes » qui nous disent « oui mais vous les journalistes, vous êtes des vendus ». Ce à quoi je réponds « mais en quoi sommes-nous des vendus ? ». « Vendus à qui, à quoi ?? ». Pour être « vendus », il faut être « achetés », donc cela voudrait dire que « l’on nous paye plus si on dit du bien du système en place », ce qui n’est bien évidemment pas le cas. .J’avais eu justement une longue discussion de 10-15 minutes avec certains d’entre eux, plutôt intéressante, au cours de laquelle je leur ai expliqué notre façon de travailler et à la fin « on était des vendus quand même ». C’est donc très très compliqué parce qu’on a beau être de bonne foi, sincère et de vouloir expliquer, mais dans une communication il faut être 2. Et parfois ils y en a qui préfèrent garder leur vérité parce qu’elle est simple, fausse mais simple.
journalis.me : La commission européenne n’a-t-elle pas pris un temps de réflexions , de décisions plus long à la manière de pays comme l’Algérie ou le Maroc ces dernières années, avec beaucoup de discussions sur très peu de points importants parfois..?
Francois Beaudonnet : Non je ne crois pas. Pour une loi européenne, la Commission la propose, ensuite ça passe au Parlement. Tout cela peut prendre un peu de temps, 2-3 ans, mais c’est la durée habituelle.
(Photo copyright : François Beaudonnet, entretien réalisé par Jérôme Faraill pour « journalis.me©️ 2022 », reproduction même partielle interdite. Remerciements : Monsieur François Beaudonnet.)
